LUX SCÈNE NATIONALE

Arts visuels + Arts scéniques
ARTS, CULTURE ET INNOVATIONS À VALENCE, DRÔME

Rhodanie

Bertrand Stofleth

PHOTOGRAPHIES

Rhodanie est un de ces mots dont il nous paraît inutile d’en trouver la signification tant celle-ci semble évidente. Pourtant, Rhodanie est un nom qui n’a existé que de manière très éphémère avant qu’il ne soit fixé définitivement par le photographe Bertrand Stofleth.

« Nom de pays : le nom »* : Rhodanie fut la dénomination officielle d’une république suisse qui perdura du 16 mars au…22 mars 1798. Pendant 6 jours, ce fut un nom de pays mais seulement un nom, tant la tentative politique, en cette époque de révolution et contre-révolution, fut vaine.

« Nom de pays : le pays »* : en 2007, Bertrand Stofleth initie une série de prises de vue dont le sujet est le Rhône. S’il s’agissait au départ de répondre à une visée documentaire sur l’un des plus longs fleuves d’Europe, le photographe s’intéressa graduellement à ce sillon, à cette frontière naturelle, dans ses interactions avec l’humain.

Même si, chronologiquement, les premières images sont celles de Serves, Valence, Ancône…, Bertrand Stofleth entreprit, non pas l’inventaire, mais une « revue » picturale, du Rhône, de ses aménagements et de ses riverains, depuis le Saint-Gothard, en Suisse donc (2013) jusqu’à Port-Saint-Louis-du-Rhône (2011).

Les vastes photographies de Bertrand Stofleth sont des paysages, mais pas ceux des cartes postales malgré l’omniprésence du ciel bleu. Ce sont des scènes dont le Rhône est tour à tour le scénographe envahissant, discret, ou invisible même. Ce sont des scènes où le Rhône distribue les présences humaines, actrices par leurs activités de loisirs, professionnelles, de vie. Ce sont des scènes quand le Rhône dévoile le décor de ces activités humaines par les constructions et aménagements artificiels qui rythment irrégulièrement son cours.

Que l’homme interagisse avec son milieu naturel, jusqu’à l’épuiser, n’est pas une révélation. Ce qu’apporte le regard de Bertrand Stofleth, c’est le sentiment du passage d’une humanité qui pêche, qui fait du quad, qui promène son chien et que tout cela ne saurait durer plus que le temps de cette surexploitation de la nature avant que la Nature ne recouvre sa pleine puissance. Les camping-cars stationnent mais le Rhône leur survivra.

C’est donc à la fois la fragilité et la vanité de l’humanité que Bertrand Stofleth déroule dans plus de 80 scènes, invariablement mises en plongée. Avec son camion-nacelle, il ajuste la mesure de ces existences et activités qui s’accommodent de la force du fleuve, mais aussi de ces artifices bâtis par nous-mêmes pour la dompter et l’exploiter.

« Nom de pays : le pays »* : quand le regard et la pensée du photographe inventent Rhodanie, pays sans frontière administrative, et met en scène ses habitants, ses « paysans ». Non plus un territoire, notion devenue si politique, mais un monde dont le régime s’organiserait selon des principes esthétiques.

* Titres respectifs des dernières parties de Du côté de chez Swann et de À l’ombre des jeunes filles en fleurs, Marcel Proust