Cinéma

Arts visuels + Arts scéniques
ARTS, CULTURE ET INNOVATIONS À VALENCE, DRÔME

Premières solitudes

Documentaire de Claire Simon

Il s’agit d’un portrait d’un âge de la vie : 16/18 ans. À cet âge-là, si on a de la chance on est au lycée, et on discute entre les cours, même parfois pendant les cours. Assis dans le couloir ou dehors sur un banc ou sur le parapet avec vue sur la ville. Les jeunes gens dialoguent à deux ou à trois et ils découvrent leurs histoires respectives, celles dont ils héritent, de la famille, et ils parlent de leurs passions et de leurs solitudes. À cet âge-là chacun voit le moment où il faudra quitter la famille, quand elle existe… Être seul c’est bien et c’est mal.

« Premières solitudes part d’une idée forte : la parole suffit à habiter tout un film car elle constitue un monde en soi où se reflète la réalité extérieure. D’une simplicité remarquable, le film réduit son expression à quelques traits essentiels dont il maintient le cap tout du long : l’élection d’espaces propres à accueillir la discussion, la formation des duos ou trios contrastés d’adolescents, l’attention portée aux visages de ceux-ci, mais aussi à leurs timbres de voix, à leurs intonations singulières. Cette simplicité ne doit pas masquer une complexité plus profonde, à savoir l’ingéniosité avec laquelle Claire Simon fait advenir la parole des élèves, une parole sensible et à fleur de peau : c’est bien parce que les questions ne viennent que d’eux-mêmes, dans un rapport de confiance et d’égalité installé par la caméra, qu’ils se dévoilent tant et si bien, touchent si souvent juste, vont parfois droit à l’émotion (un grand gaillard nommé Hugo fond en larmes dès qu’il évoque son père), dans une sorte de maïeutique douce et réciproque. Sans lui imposer de dramaturgie, sinon celle d’un interstice entre les cours et la vie de famille, le film suscite un regard sur l’adolescence qui n’est pas seulement extérieur, mais provient aussi d’elle-même. »
Mathieu Macheret, Le Monde