Cinéma

Arts visuels + Arts scéniques
ARTS, CULTURE ET INNOVATIONS À VALENCE, DRÔME

Ciel d’enfer

صراع فى الوادى
Film de Youssef Chahine

Un jeune ingénieur agronome, Ahmed, met son savoir au service des paysans de son village, au grand mécontentement du pacha local et de son neveu, qui n’hésiteront devant aucun moyen pour tenter de le déconsidérer…

 

Au cours de ce que Youssef Chahine considérait lui-même comme la lente progression de sa prise de conscience des réalités politiques de son pays, Ciel d’enfer marque un jalon modeste, mais réel. Si son intrigue se déroule sous le règne corrompu du roi Farouk, il a été produit dans le contexte de l’abolition de la monarchie qui allait amener en 1954, l’année de la sortie du film, le lieutenant-colonel Gamal Abdel Nasser à la présidence de la toute jeune république égyptienne. À travers le personnage d’Ahmed, Ciel d’enfer reflète l’esprit de la réforme agraire d’inspiration nassérienne.

Si le film manifeste une attention au sort des fellahs que Youssef Chahine avait esquissée dès 1951 dans Le Fils du Nil et qui trouvera son aboutissement en 1969 dans La Terre, il entend également être un spectacle populaire captivant : bien que Chahine n’eût que vingt-cinq ans à sa sortie, il déploie dans son sixième long métrage tout son savoir-faire d’entertainer, enchaînant moments mélodramatiques ou d’une grande cruauté (voir la scène où le méchant Riad, interprété par Farid Chawki, exécute un chat au fusil depuis un balcon), péripéties rocambolesques et scènes d’action spectaculaires, dont un final impressionnant qui tire le meilleur parti des décors naturels de Louxor, et particulièrement du grand temple de Karnak. Le tout sous une influence hitchcockienne dont Chahine n’aimait pas trop qu’on la lui rappelât, mais qu’on retrouve jusque dans Gare centrale, dont le récit est parsemé d’extraits de la musique de La Maison du docteur Edwardes

Amal, la fille du pacha, est interprétée par Faten Hamama, grande vedette égyptienne qui jouait au cinéma depuis l’âge de sept ans. En revanche, le jeune acteur beau comme un dieu qui interprète Ahmed était un débutant : de son vrai nom Michel Chalhoub, il se rebaptisa pour l’occasion Omar Sharif, tourna deux autres films avec Chahine (Le Démon du désert et Les Eaux noires), épousa Faten Hamama avec laquelle il forma un couple très populaire et devint internationalement célèbre en 1962 grâce à son rôle dans Lawrence d’Arabie, de David Lean.